Le carnet présence


Enfants & Ados

Accompagner les enfants Dys : quand le corps dit ce que les mots ne disent pas

Chez les enfants porteurs de troubles dys, l'un des obstacles les plus constants n'est pas seulement l'apprentissage lui-même : c'est la difficulté à exprimer ce qu'ils ressentent. Beaucoup de ces enfants vivent une anxiété importante, sans toujours parvenir à la nommer — ni même à savoir qu'ils sont anxieux.

Ce que documentent les études

Une étude portant sur 114 enfants et adolescents dyslexiques suivis en centre de diagnostic situe la prévalence des troubles anxieux associés entre 9,9 % et 25 % selon les critères retenus — un chiffre significativement supérieur à la population générale. Les chercheurs décrivent une mécanique en cascade : la difficulté de lecture entraîne l'échec scolaire, qui engendre à son tour des troubles dits "internalisés" — craintes, inquiétudes, sentiment d'insécurité, peur du rejet, retrait social, baisse de l'estime de soi — ou plus rarement des troubles "externalisés", comme l'agressivité. Certains auteurs parlent d'une véritable double peine : au trouble d'apprentissage s'ajoute une souffrance psychique qui, elle, reste souvent invisible aux yeux des adultes, focalisés sur les résultats scolaires. Ces enfants rapportent aussi davantage de plaintes somatiques — maux de tête, douleurs abdominales — que les enfants sans trouble dys, un signe supplémentaire que cette anxiété s'exprime par le corps quand les mots manquent.

Cette anxiété peut précéder les difficultés d'apprentissage ou en découler : les deux s'alimentent souvent l'une l'autre, ce qui rend d'autant plus important de la repérer tôt, indépendamment du seul accompagnement pédagogique.

A retenir

Entre 9,9% et 25% des enfants dyslexiques présentent un trouble anxieux associé (étude sur 114 enfants suivis en centre de diagnostic)

– 

L’échec scolaire lié au trouble dys peut engendrer une anxiété secondaire : peur du rejet, sentiment d’insécurité, retrait social, baisse de l’estime de soi

–

Ces enfants rapportent davantage de plaintes somatiques (maux de tête, douleurs abdominales) que les enfants sans trouble dys

–

L’anxiété peut aussi précéder les difficultés d’apprentissage : les deux s’entretiennent mutuellement


"On ne demande pas à un enfant qui trébuche sur les mots de nous expliquer, avec les mêmes mots, pourquoi il a peur. On lui donne une autre porte d'entrée."

Pourquoi demander directement "comment tu te sens ?" ne suffit pas

Pour un enfant dont le rapport au langage — lecture, écriture, parfois formulation orale — est déjà une zone de difficulté et de vécu douloureux, demander une réponse verbale directe sur une émotion revient souvent à lui demander de mobiliser exactement les ressources qui lui posent problème par ailleurs. Beaucoup de ces enfants répondent alors par un "je sais pas" sincère, non par manque de coopération, mais parce que l'accès direct et verbal à leur vécu intérieur est réellement plus coûteux pour eux que pour un autre enfant.

C'est pour cette raison que les approches indirectes — le dessin, le jeu, l'image, la métaphore — sont depuis longtemps utilisées en psychologie de l'enfant pour accéder à un vécu que la parole frontale ne parvient pas toujours à atteindre.

A retenir

 

Pour un enfant dys, mobiliser le langage pour formuler une émotion sollicite les mêmes ressources déjà mises à mal par son trouble 

–

Le « je sais pas » qui suit souvent la question n’est pas un refus de coopérer, mais un vrai obstacle cognitif 

–

Les approches indirectes (dessin, jeu, image, métaphore) sont utilisées depuis longtemps en psychologie de l’enfant pour cette raison précise

–

L’accès à l’émotion passe alors par une porte détournée – plus lente, mais souvent plus juste. 

L'exercice de la maison

Se voir comme une maison

Dans ma pratique, je propose à l'enfant une visualisation : je l'invite à se voir comme une maison, les yeux fermés, en explorant mentalement ses fondations (l'ancrage), ses murs (les défenses), la porte et les fenêtres (le regard qu'il porte sur les autres, et ce qu'il imagine que les autres voient de lui), et le toit (la sécurité). Contrairement à un dessin, l'enfant ne trace rien : il se laisse guider dans cette image intérieure et met des mots sur ce qu'il y découvre, à son rythme.

Une résonance avec une tradition clinique reconnue

Cette approche s'inscrit dans une tradition bien identifiée en psychologie de l'enfant, où la maison sert de support symbolique à l'exploration du sentiment de sécurité et des dynamiques relationnelles — le test projectif Maison-Arbre-Personne, développé par le psychologue John Buck, en est l'exemple le plus connu, bien que ma proposition en soit une adaptation en visualisation guidée, non un test standardisé au sens clinique.

Un motif qui revient, et ce qu'il peut signifier

Systématiquement, chez les enfants dys que j'accompagne, le même motif se dessine dans cette visualisation : peu de mots sur les fondations, des murs décrits comme solides et épais, peu d'insistance sur les ouvertures, et un toit qui prend l'eau sans que l'enfant sache comment le réparer.

Ce motif fait sens au regard de ce que documente la littérature scientifique sur l'anxiété chez les enfants dys. Des murs épais et peu de place laissée aux ouvertures peuvent traduire ce retrait social et cette peur du rejet régulièrement rapportés dans les études — une défense construite face à un environnement scolaire vécu comme jugeant. Le peu d'attention portée aux fondations peut refléter un ancrage corporel fragile, cohérent avec le sentiment d'insécurité que ces enfants expriment souvent. Et ce toit qui fuit, sans réparation possible, résonne fortement avec la baisse de l'estime de soi et le sentiment d'impuissance décrits dans la littérature : l'enfant perçoit sa vulnérabilité, mais ne se sent pas capable d'agir dessus.

Cette lecture reste une hypothèse de travail, construite à partir de ce que l'enfant exprime lui-même pendant la visualisation — pas un diagnostic. C'est justement la force de l'outil : il donne une forme à un vécu que l'enfant n'aurait pas su formuler autrement, sans jamais prétendre le mesurer ou le classer.

Ce que la sophrologie propose ensuite

Repérer ce motif n'est qu'une étape. Le travail sophrologique qui suit vise justement ce que la visualisation met en lumière : renforcer les fondations par un travail d'ancrage corporel concret, assouplir progressivement des murs devenus trop rigides pour continuer à protéger sans isoler, ouvrir petit à petit des fenêtres vers le regard des autres à un rythme que l'enfant choisit lui-même, et surtout, apprendre à réparer le toit — c'est-à-dire à retrouver un sentiment de sécurité qui ne dépend plus uniquement de murs épais, mais d'une confiance retrouvée dans son propre corps.

C'est là tout l'apport de la sophrologie existentielle pour ces enfants : leur permettre de prendre conscience de leur corps, et d'apprendre à lui faire confiance à nouveau, comme point d'appui stable là où les mots ont longtemps fait défaut.


"Le toit, il fuit un peu. Je sais pas comment on répare, en fait."

Une approche complémentaire, jamais isolée

Cette visualisation ne remplace ni le suivi orthophonique, ni un accompagnement pédopsychiatrique ou psychologique lorsque l'anxiété est marquée. Elle s'inscrit comme une approche psycho-corporelle complémentaire, au service d'un enfant qui a souvent besoin, avant tout, de sentir qu'on cherche à le comprendre autrement qu'à travers ses résultats scolaires.

Vous accompagnez un enfant dys qui semble porter une anxiété qu'il n'arrive pas à formuler ? N'hésitez pas à m'en parler — cette visualisation, comme d'autres, peut trouver sa place dans un accompagnement adapté à son rythme.

Je prends rendez-vous

Présence Sophrologie & sophro-balades

Accueil    .    Sophrologie    .    Sophro-balades    .    Contact

©2026 Présence  –  Tous droits réservés    .    Mentions légales    .    CGV    .    CGU

Défiler vers le haut