Le carnet présence


Aidants familiaux

Prendre soin de soi avant de s'oublier

On ne devient pas aidant par choix professionnel. On le devient parce qu'un proche tombe malade, perd son autonomie, et qu'il faut être là. Personne ne signe pour ce rôle — il s'impose, souvent du jour au lendemain, et il ne prévoit pas de contrat de fin de mission.
Je sais de quoi je parle : je suis devenue sophrologue après avoir été, pendant plusieurs années, et encore aujourd'hui, aidante de ma mère atteinte de la maladie à corps de Lewy. Cette expérience n'est pas un détail de parcours dans ma pratique professionnelle. C'est elle qui m'a amenée ici.

Ce que les chiffres révèlent d'un phénomène largement invisible

En France, la DREES recense 9,3 millions d'aidants familiaux, dont 8,8 millions d'adultes — soit une personne sur six. Le profil qui revient le plus souvent : une femme d'une cinquantaine d'années, active professionnellement, qui consacre en moyenne plusieurs heures par jour à son proche, en plus de son emploi.Les conséquences sont documentées et sans ambiguïté. Selon la DREES, 47 % des proches aidants déclarent au moins une conséquence de leur rôle sur leur santé, dont 37 % sur leur santé mentale. Près d'un tiers assument cette charge en totale solitude, sans aucun relais familial, professionnel ou bénévole.

Et 78 % des aidants en âge de travailler doivent mener de front leur emploi et leur rôle auprès de leur proche.Cette charge a aussi un coût économique et social trop souvent passé sous silence. Un tiers des aidants déclarent avoir déjà envisagé d'abandonner leur emploi pour faire face à leur rôle, et beaucoup réduisent leur temps de travail, refusent une promotion ou s'arrêtent temporairement — avec, à la clé, une perte de revenus qui fragilise durablement leur situation. Cette précarisation n'est pas qu'une question financière : elle déstabilise l'ensemble du quotidien, transforme l'avenir en zone d'incertitude permanente, et vient s'ajouter à la charge émotionnelle déjà lourde de l'accompagnement. C'est souvent cette instabilité cumulée — financière, professionnelle, existentielle — qui fait basculer un épuisement supportable vers une détresse mentale beaucoup plus sérieuse. Ces chiffres ne racontent pas des cas isolés. Ils racontent un système où l'on demande à des millions de personnes de tenir, sans qu'on leur demande jamais comment elles tiennent.

A retenir

Les aidants familiaux sont nombreux en France et jouent un rôle essentiel, souvent en parallèle de leur vie professionnelle.

Pourtant, cette responsabilité a un coût : près d’un aidant sur deux constate un impact sur sa santé, tandis que beaucoup font face à cette charge dans l’isolement.

Ces chiffres rappellent que l’accompagnement d’un proche est un enjeu de société majeur; qui nécessite davantage de reconnaissance et de soutien. 


" Quand l'énergie s'épuise, la qualité de l'accompagnement s'essouffle aussi."

Ce que j'ai vécu, et ce que je n'ai compris que trop tard

Accompagner un proche atteint d'une maladie neurodégénérative, c'est vivre une perte qui se rejoue chaque jour sous une forme différente. La maladie à corps de Lewy, en particulier, combine des troubles cognitifs fluctuants, des symptômes moteurs et parfois des hallucinations — une maladie qui déstabilise autant l'aidant que la personne aidée, parce qu'on ne sait jamais tout à fait, d'un jour à l'autre, qui l'on va retrouver.

Pendant longtemps, j'ai fait ce que font la plupart des aidants : j'ai mis mes propres besoins de côté, en me disant que ce n'était "pas le moment" de penser à moi. Ce que j'ai fini par comprendre, souvent à mes dépens, c'est qu'un aidant qui s'oublie complètement ne devient pas un meilleur soutien pour son proche — il devient un aidant qui risque de s'effondrer avant celui qu'il accompagne. Ce n'est pas une option supplémentaire de "prendre du temps pour soi". C'est une condition pour tenir dans la durée.

S'accorder du répit pour mieux accompagner

 

Le répit n’est pas un luxe, mais un besoin essentiel. Quelques instants pour souffler, se ressourcer ou penser à soi permettent de préserver son équilibre et de continuer à accompagner son proche dans la durée. 

Pourquoi prendre soin de soi n'est pas un luxe, mais une nécessité

La santé de l'aidant : un enjeu essentiel souvent négligé

Il y a une phrase que l'on entend souvent, et qui reste juste malgré son côté un peu usé : on ne peut pas verser d'un vase vide. Un aidant qui ne prend plus le temps de dormir, de respirer, de simplement être autre chose qu'un aidant pendant quelques minutes, finit par fonctionner en réserve — jusqu'à ce que la réserve s'épuise.

Ce n'est pas une question de volonté ou de générosité. C'est une question physiologique : un corps et un esprit soumis à une vigilance constante, sans espace de récupération, s'épuisent, quelle que soit la force de l'amour qui motive l'accompagnement.

Quand la charge devient trop lourde

Certains signes doivent alerter au-delà de la simple fatigue : un épuisement qui ne se résorbe plus avec le repos, une irritabilité inhabituelle, un sentiment de vide ou de dépersonnalisation, des idées noires. Une précarisation économique ou une perte d'emploi liée au rôle d'aidant relève elle aussi d'un accompagnement social — pas seulement psychologique ou corporel.

Face à ces situations, la sophrologie ne suffit pas : il faut consulter un médecin, solliciter une assistante sociale ou les dispositifs dédiés (relais de proche aidant, plateformes de répit, allocation journalière du proche aidant), et s'appuyer sur une ligne d'écoute comme celle d'Avec Nos Proches (01 84 72 94 72), gratuite, anonyme et animée par d'anciens aidants, ouverte tous les jours de 8h à 22h.

Une évidence qu'il faut pourtant répéter

Prendre soin de soi quand on accompagne un proche malade n'est pas une évidence pour tout le monde — je le sais, je suis passée par là. C'est pourtant l'une des choses les plus importantes que j'aimerais transmettre aujourd'hui : vous ne trahissez pas votre proche en prenant ce temps. Vous vous donnez, au contraire, les moyens de continuer à être là pour lui.

Ce que la sophrologie peut apporter concrètement

La sophrologie existentielle est une approche psycho-corporelle complémentaire aux approches médicales et paramédicales — elle ne remplace ni un suivi psychologique, ni un accompagnement médical ou social, quand ceux-ci sont nécessaires.Ce qu'elle propose, c'est un espace de mieux-être régulier, pensé spécifiquement pour la réalité de l'aidant : des exercices de respiration pour redescendre rapidement d'un pic de stress, y compris entre deux tâches, sans avoir besoin d'y consacrer une heure ; un travail de relâchement corporel pour ce corps qui reste souvent en tension, en alerte, même au repos ; des espaces de visualisation pour se reconnecter à ce que l'on est en dehors du rôle d'aidant ; et un accompagnement pour déposer, en toute confidentialité, une culpabilité qui accompagne presque systématiquement ce rôle — celle de ne jamais en faire assez, ou de vouloir, parfois, souffler.


" Retrouver son souffle, habiter pleinement son corps et se reconnecter à soi :
parfois, le plus grand soutien que l'on puisse s'offrir est simplement de revenir à sa propre présence."

Vous êtes aidant d'un proche malade ou en perte d'autonomie ? Je propose un accompagnement individuel pensé pour cette réalité spécifique. N'hésitez pas à me contacter pour en discuter.

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